Aide aux enfants les plus défavorisés d'Asie au travers de programmes de scolarisation et d'hébergement

Au Népal, les désillusions de la jeunesse

L’année écoulée a marqué un tournant historique pour le pays, mais la stabilisation institutionnelle reste fragile.

Une configuration politique inédite depuis des décennies qui met fin à l’instabilité chronique des coalitions

La situation politique du Népal s’est radicalement transformée avec l’arrivée au pouvoir de Balendra Shah et du Rastriya Swatantra Party (RSP) issu des élections de mars 2026 :

  • Balendra Shah est le Premier ministre du Népal depuis le 27 mars 2026. À 36 ans, cet ancien rappeur et ingénieur civil de formation est devenu le plus jeune chef de gouvernement élu de l’histoire du pays, propulsé au pouvoir par le vote massif de la jeunesse (la « Gen Z »).
  • Majorité historique : Le parti anti-establishment (RSP), avec Balendra Shah à sa tête, a remporté une victoire écrasante aux élections législatives du 5 mars 2026, en raflant 182 des 275 sièges du Parlement.
  • Fin des coalitions fragiles : Pour la première fois depuis des décennies, le Népal dispose d’un gouvernement s’appuyant sur une majorité unie, mettant fin aux changements incessants de Premiers ministres (quinze en quinze ans).
Balendra Shah.

Ce nouveau pouvoir entend mener une politique ferme de lutte contre la corruption et le népotisme :

  • Lutte contre la corruption : Mise en place de mesures strictes de transparence et de contrôles administratifs renforcés.
  • Arrestations d’envergure : Arrestation rapide de plusieurs anciens dirigeants politiques accusés de malversations.
  • Enquêtes rétroactives : Lancement d’un audit de transparence sur les actifs financiers de toutes les personnalités politiques ayant occupé un mandat public depuis 1990.
  • Fin du clientélisme : Suppression des syndicats affiliés aux partis politiques au sein des administrations publiques.
  • Protection des lanceurs d’alerte : Introduction d’une loi stricte pour protéger les citoyens dénonçant la corruption.

L’économie subit un net ralentissement du fait des crises récentes

Dans le même temps, l’économie accuse le coup, après d’importantes turbulences :

  • Chute de la croissance en 2026 : Selon la Banque asiatique de développement (ADB), la croissance du PIB devrait fortement ralentir pour s’établir entre 2,3 % et 2,7 % en 2026, contre 4,6 % l’année précédente. Ce recul est la conséquence directe des émeutes de fin 2025 qui ont paralysé les infrastructures, le commerce et freiné les investissements étrangers.
  • Inflation à la hausse : L’inflation globale a grimpé pour atteindre 5,22 % en juin 2026 (contre moins de 3 % un an plus tôt), tirée par la hausse des prix des produits alimentaires importés, des carburants et des transports.
  • Dépendance et risques externes : Le conflit persistant au Moyen-Orient accentue le retour forcé au Népal de nombreux travailleurs migrants dont les transferts de fonds sont vitaux pour l’économie nationale.

Les institutions financières comme le Fonds monétaire international (FMI) et l’ADB prévoient une reprise progressive de la croissance économique d’ici 2027 (autour de 4,6 % à 5 % de croissance).

La confiance des investisseurs et la reprise complète du tourisme dépendront cependant de la capacité du jeune gouvernement à traduire son immense mandat politique en réformes structurelles concrètes.


Le programme des 100 jours

Fort de sa stabilité institutionnelle et de sa forte légitimité démocratique, le nouveau gouvernement du Premier ministre Balendra Shah a lancé un programme des 100 jours reposant sur un ambitieux plan de 100 réformes structurelles axé sur la lutte anticorruption, la transition numérique et la simplification économique.

On peut notamment citer :

  • Gouvernance numérique : Expansion des services administratifs en ligne, introduction d’une carte d’identité numérique nationale et services postaux modernisés pour la livraison de documents.
  • Zéro papier : Transition numérique globale visant à supprimer définitivement les dossiers papier dans les ministères.
  • Réduction de l’État : Réduction de la taille du gouvernement et compression de la structure fédérale limitée désormais à un maximum strict de 17 ministères pour limiter l’inefficacité bureaucratique, parallèlement à un plan de renouvellement de 25 % du personnel pour intégrer des profils jeunes et qualifiés d’ici 5 ans.
  • Suivi par carte temporelle (Time-Card) : Mise en place d’un système de suivi obligatoire des démarches pour contraindre les fonctionnaires à respecter des délais fixes et éliminer les pots-de-vin d’accélération.
  • Loi sur l’investissement étranger : Amendement de la loi pour créer des voies d’approbation 100 % automatiques, éliminant les intermédiaires et les blocages bureaucratiques discrétionnaires.
  • Visa d’investissement : Création d’un « Nepal Investment Visa » dédié aux entrepreneurs internationaux dépassant un certain seuil d’investissement.
  • Soutien aux startups : Lancement du Startup Nepal Portal offrant en une seule journée l’enregistrement de l’entreprise, des exemptions de taxes et l’accès à un capital d’amorçage.
  • Justice sociale et santé : Engagement pour des excuses historiques envers la communauté dalite (historiquement qualifiée d’« intouchable » au bas du système hindou des castes) et réservation de 10 % des lits d’hôpitaux pour les populations démunies.

L’exécutif a affirmé avoir mis en œuvre une large partie de ces engagements initiaux axés sur la modernisation numérique et la lutte contre la corruption.


Désenchantement de la population, notamment des jeunes

Les lendemains des révolutions sont souvent marqués par des déceptions, des luttes de pouvoir ou des retours à l’ordre. Le Népal n’échappe pas à la règle.

Balendra Shah fait (déjà) face à des critiques croissantes en raison d’une gouvernance opaque et centralisée, voire autoritaire, caractérisée par le contournement des institutions, le mépris des procédures parlementaires, et son affranchissement des usages diplomatiques et de la scène internationale. En outre, plusieurs chantiers de son programme de réformes structurelles (tels que la lutte contre la corruption, la dépolitisation des institutions et les mesures de justice sociale) restent en suspens ou se heurtent à de vives résistances politiques et sociales.

Le pouvoir au Népal devient-il l’affaire d’un seul homme ?

Après l’espoir, les désillusions ?

  • Inaction perçue ou lenteur de la mise en œuvre du programme de réformes : Élu pourtant avec une majorité des deux tiers, la mise en oeuvre de l’agenda de réformes en 100 points de Balendra Shah se fait attendre et n’a pas produit de changements tangibles. Le manque d’expérience ministérielle préalable de la grande majorité des membres de l’équipe dirigeante reste un défi.
  • Autoritarisme : Les détracteurs de Balendra Shah lui reprochent un style de gouvernement indûment centralisé, s’appuyant sur des ordonnances et une réorganisation du Conseil constitutionnel – chargé de recommander des nominations aux postes clés des institutions de l’État – pour mieux consolider son pouvoir, son mépris pour les normes constitutionnelles, les procédures parlementaires et les usages diplomatiques, ainsi que la soumission de la justice à un contrôle politique direct. Le processus décisionnel au sein du Conseil constitutionnel a été modifié pour conférer au Premier ministre le pouvoir ultime de choisir le nouveau président de la Cour suprême, faisant ainsi craindre une mainmise de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire.
  • Pression croissante sur la liberté de la presse et la liberté d’expression : les inquiétudes se cristallisent autour de l’interdiction aux journalistes de l’accès aux bureaux du gouvernement, de déclarations aux accents menaçant émanant de hauts responsables gouvernementaux, du harcèlement en ligne incessant de la part de partisans du parti au pouvoir, d’une politique gouvernementale restreignant les revenus publicitaires des médias privés, ainsi que de récentes décisions de justice, telles que la condamnation de journalistes à des peines de prison ferme pour outrage à magistrat (cf. l’affaire de l’enquête « Dark File »), susceptibles d’avoir un effet dissuasif sur les journalistes.
  • Gestion brutale : On peut citer pêle-mêle l’arrestation, dès la prise de pouvoir de Balendra Shah, de nombreux dirigeants politiques sur la base de motifs juridiques contestables ; la décision de faire intervenir des bulldozers, à partir du 25 avril 2026, escortés d’importants contingents de forces de sécurité pour détruire les bidonvilles de Katmandou et expulser les milliers de personnes démunies qui y vivaient – afin de libérer l’espace public des constructions jugées illégales – sans que le gouvernement ne leur propose de solution de relogement ; la répression violente des vendeurs de rue et une politique très dure contre l’économie informelle ; la mise à l’écart de 1 500 hauts fonctionnaires sans prévoir leur remplacement, ce qui a affecté des fonctions essentielles, telles que la réglementation de l’aviation civile et l’organisation des examens scolaires.
Un bulldozer procède à la démolition d’un bidonville le long des berges de la rivière Bagmati le 25 avril 2026.

La population népalaise, après avoir été témoin de décennies de mauvaise gestion et de corruption sous l’ère des anciens partis, semble encline à accorder à Balendra Shah le bénéfice du doute – peut-être à juste titre. Mais pour combien de temps ?

Jusqu’à présent, Shah a gouverné comme si son pouvoir devait être illimité.

Mais il s’aliène des groupes dont tout gouvernement finit par avoir besoin : les médias, l’intelligentsia, les partis d’opposition et les partenaires étrangers clés. Les récentes turbulences au Parlement, qui se sont désormais propagées dans la rue, suggèrent une contestation grandissante de la part de la jeunesse et de la classe politique.

L’immolation par le feu, le 9 juillet, à Katmandou, de Ganesh Nepali, un jeune dalit de 25 ans, chauffeur de taxi/moto, à la suite d’un conflit de stationnement et d’une amende de 1 000 roupies avec la police municipale, a provoqué une onde de choc nationale et des manifestations au Népal. Cet acte désespéré a mis en lumière la détresse économique des travailleurs les plus pauvres et la brutalité des contrôles de la police municipale, en application des nouvelles règles de stationnement.

La Gen Z dénonce des violations flagrantes des droits humains et une trahison sociale envers les plus démunis.


La résistance de la vieille garde politique

La vieille garde politique, incarnée par les caciques du Parti communiste et du Nepali Congress, oppose une résistance farouche aux projets de rupture portés par Balendra Shah, oscillant entre opposition parlementaire frontale, critiques sur son style jugé populiste et tentatives de délégitimation de son action à la tête du gouvernement.

  • L’offensive juridique et constitutionnelle : Les experts constitutionnels et la classe politique historique attaquent la légalité de ses méthodes. Face à la volonté de Balendra Shah de gouverner par décrets (ordonnances) pour contourner le Parlement, la vieille garde l’accuse d’autoritarisme et de bafouer la séparation des pouvoirs. Elle utilise son ancrage dans l’appareil d’État et la tribune de la Chambre des représentants pour pilonner ses choix politiques et ses prises de position.
  • La résistance bureaucratique et institutionnelle : L’administration publique reste largement encadrée par des fonctionnaires nommés sous l’ancien système de clientélisme. Ces réseaux ralentissent délibérément l’application des réformes phares de son agenda (comme la restructuration des ministères).
  • Dénigrement de ses actions sur le terrain : Lorsque le gouvernement emploie la force pour détruire les campements de squatters à Katmandou, les partis d’opposition s’allient aux organisations de la société civile pour dénoncer des méthodes « inhumaines » et « impitoyables », érodant l’image de défenseur du peuple de Balendra Shah.
  • L’exploitation du mécontentement social et des divisions de la nouvelle coalition : Les partis traditionnels cherchent activement à fracturer la majorité de Balendra Shah. Ils exploitent les frustrations nées des attentes non satisfaites de la jeunesse et les rivalités internes de son parti (le RSP) pour miner sa majorité et briser son alliance avec la jeunesse.

Quelle trajectoire le Népal est-il donc en train d’emprunter ? La restauration de la stabilité politique, le renouvellement de sa classe dirigeante et la réponse aux attentes démocratiques de sa population ? Ou, l’illusion de l’efficacité autoritaire conjuguée à la réalité de l’inefficacité brutale ?

Tagué: , , , ,

Laisser un commentaire

Dons :

- Par chèque à l’ordre de :
Solidarité Enfance Asie (SEA)
c/o M.H. Duprat
3, rue des Colonels Renard 75017 Paris

Réduction d’impôts = 66% dans la limite de 20% du revenu imposable

For US Donators :

To SEA-USA
c/o Christiane MIchels
80A Nichols Road
Cohasset
MA 02025